Il y avait un bon 2 pieds de neige le jour de l’incident. Je sais que ça va faire un peu animateur d’émissions publicitaires à 3 heures du matin, mais “Ça a vraiment changé ma vie!” Et je ne parle pas ici du « ab roller toaster rebuilder » que vous pouvez ranger sous votre lit!
Nous avions acheté la maison quelques mois auparavant. Une belle maison qui nous ressemblait, de style «transitionnel» selon ma blonde qui se tape plus d’émissions de décorations que Bugs Bunny de carottes! Sur un terrain en montagne à faire rêver! Pas nécessairement très grand, mais dans un environnement parfait…pour un gars un peu “gaga” comme moi! Vallons pour glisser en “krazy carpet”, arbres matures pour jouer à la cachette, coin feu de camp, pour les “marshmallows” et les histoires de zombies, le paradis quoi!
Toujours est-il que notre “plus jeune”, je ne sais pas pourquoi mais je trouve ça «cute» comme expression, tournait en rond dans la maison.
- Qu’est-ce que tu fais, poulette? que je lui demande. Ça aussi, je trouve ça «cute» comme expression!
- Y’a rien à faire! qu’elle me répond, avec un soupir digne d’un geyser du sud-ouest américain!
- Comment, y’a rien à faire? Regarde dehors, il y a facilement haut comme ça de neige collante. Va jouer dehors, Poupou! C’est le diminutif de poulette, imaginez-vous donc; c’est «cuuuuute», non?
Avec toute la candeur du monde, mais tout de même avec un ton un peu trop pré-ado à mon goût, elle me répond:
- Pour faire quoi dehors?
…
Je ne sais pas si vous vous souvenez de l’émission Fort Boyard? Vous savez, l’émission où des vedettes se criaient par la tête sans arrêt: “Prends ton temps, mais fais ça vite!“, où il fallait manger des scorpions et affronter des lutteuses dans des piscines de “bouette”.
Eh bien, au début de chaque émission, pour lancer le jeu, Guy Mongrain demandait à La Boule, un gros dodu pas de cheveux, de sonner le “gong”! Et PWOWWWWWW! la course contre le sablier commençait...
La réponse de Heïdi avait eu le même effet dans ma tête de chauve.
-De kossé-tu, veux dire, pour faire quoi dehors?”
Je venais de prendre conscience que j’avais failli à mon rôle de père. J’étais à pied, à cheval, en cadillac à côté de la "trac" comme aurait dit mononcle Plume!
Ma fille de 8 ans ne savait pas jouer dehors! Mais comment avais-je pu passer à côté? Houston, on avait un fichu de motadine de gros problème lâ lâ! (clin d ‘œil à mes amis du Lac!)
J’ai pris le temps de réfléchir un peu sur le sujet, voyez-vous! Les enfants, aujourd’hui plus que jamais, sont en mode réception. Ils reçoivent par la télé, par les jeux vidéos, par tout ce qui les entoure. Ils n’ont pas besoin d’être créatifs, nous leur fournissons tout sur un plateau d’argent, avec des biscuits brisures de chocolat enrichis d’Oméga 3, un grand verre de lait bio et la télécommande universelle de la vie!
Qu’est-ce qui pouvait être intéressant dans un tas de neige qui ne bouge pas, ne fait pas de bruit, où il n’y a pas de tableaux à franchir… mais ma foi du bon Dieu, rien pantoute!
…
J’étais en train d’attacher mes bottes, j’avais sorti mon manteau, mes mitaines en “Phentex” que ma blonde avait ramenées d’une vente organisée par le cercle des fermières de son école, les «krazy carpets» poussiéreux du sous-sol, toutes les pelles qui trainaient dans la maison… quand ma blonde m’a dit:
- Qu’est-ce que tu fais, mon chum? (J’aime ça quand elle m’appelle comme ça.)
- Je donne un cours à Didi sur comment jouer dehors!
…
Ce soir-là, après le souper, étendue sur le sofa près du feu, la tête sur mes cuisses, Heïdi s’est endormie, sans avoir pris son bain, les joues complètement rouges et la tête pleine de choses à faire avec des flocons de neiges!
Lâchez votre télécommande quelques instants, sortez votre tuque à “pompon”, ça revient à la mode soit dit en passant!, mettez une réserve de papier mouchoir dans vos poches et amusez-vous avec votre progéniture! Il faut, bien sûr, mettre ses yeux d'enfant et voir le jeu où il se trouve...c'est-à-dire partout!



